Une voie actuelle et relationnelle
Seules quelques méthodes psychothérapeutiques font l'objet de recherches et de publications scientifiques. La thérapie brève est de ce petit nombre mais s'en distingue par deux concepts novateurs.
La souffrance est actuelle. Elle recule devant des changements actuels qui font appel aux ressources et compétences actuelles de la personne qui consulte. Même si tout problème a probablement des causes historiques lointaines... Il peut se résoudre, ici, maintenant.
Le mieux-être est relationnel. Alors que la souffrance isole, une thérapie brève favorise un rapport plus serein et plus épanouissant aux proches, aux amis ou aux collègues. Ces autres, sont-ils parfois à l'origine du problème ? Cela arrive. Mais tout aussi souvent, l'entourage est une ressource précieuse pour sa solution.
A - Comme acteurs
Une psychothérapie fait le plus souvent intervenir plusieurs acteurs qui peuvent jouer un ou plusieurs rôles différents :
S'informer : Consulter dans le but d'avoir une autre lecture d'une situation sans grand désir (ou sans espoir) de la changer.
Se plaindre : Exprimer le désir d'un changement mais ne pas (encore) s'investir pour qu'il advienne réellement.
Contraindre : Désigner un proche comme celui qui devrait consulter un thérapeute.
Être contraint : Se rendre en thérapie parce qu'on a été désigné comme celui qui devrait changer.
S'engager : S'impliquer activement dans une stratégie de changement.
Le thérapeute doit-il obtenir d'une personne qu'elle s'engage, alors qu'elle n'en exprime pas le désir ? La question fait débat. Pour ma part, j'estime qu'il est plus respectueux de la renseigner pour qu'elle puisse choisir le rôle qui lui convient.
D - Comme double contrainte
La double contrainte (on parle aussi d'injonction paradoxale) consiste à exiger une chose et son contraire de telle manière qu'aucune réponse ne sera satisfaisante. A priori, une telle demande est absurde mais... Mais les choses se compliquent quand un enjeu relationnel (autorité, lien sentimental) interdit d'échapper au piège.
Exemple : Mon cher Paul, oubliez un instant que je suis votre supérieure hiérarchique, et dites-moi franchement ce que vous pensez de mon projet ?
Si Paul approuve le projet de Martine, elle soupçonnera un manque de franchise. S'il émet un avis négatif, sa chef lui reprochera son éternel défaitisme. Et s'il est évasif, elle dira qu'il n'a jamais d'avis sur rien...
E - Comme exception
Y a-t-il toujours et immanquablement des moments, peut-être très rares et sans doute trop brefs et certainement encore peu intenses, oui... si rares et brefs et peu intenses qu'ils n'enlèvent rien à la détresse, non... mais tout de même...
Y a-t-il des moments où les choses se passent bien ? Ou simplement un peu moins mal ?
L'approche orientée solution l'affirme.
Poser la question des exceptions, susciter l'évocation de ces moments de répit (ou parfois même de joie) fait déjà un peu de place pour ce qui n'est pas le mal-être. En attendant qu'il se retire.
M - Comme méta
La position "méta" est, du moins en théorie, celle d'un observateur qui prend du recul par rapport à l'expérience qu'il vit. Il devient alors conscient des "jeux" et des "enjeux" relationnels dont il est à la fois l'acteur et le témoin.
Est-ce vraiment possible ?
En toute logique, non. Car observer n'est jamais qu'une autre manière d'agir.
En dépit de ce paradoxe - ou grâce à lui ? - la position méta a une foule de vertus thérapeutiques bien réelles. Plus particulièrement dans le domaine des accès d'angoisse et des phobies, la prescription d'une tâche d'observation est parfois d'une efficacité surprenante.
O - Comme orienté solution
Trouver la sortie du dédale sans trop se demander pourquoi on a fini par s'y perdre ? La devise est simple mais le défi est de taille.
La personne qui souffre désire comprendre ce qui lui arrive. Il doit forcément y avoir une origine, une cause ou une faute, une blessure ou une fêlure...
Ce n'est qu'en faisant pas à pas les premières expériences plus heureuses qu'elle finira par détourner le regard d'un passé qui peut être réellement (et parfois insoutenablement) douloureux.
S'orienter vers une solution commande d'abord le respect inconditionnel pour le récit de vie. Ensuite seulement peut naître la détermination d'en écrire la suite, autrement.
P - Comme problème
Le problème est ce qui amène, ici et maintenant, une personne à consulter.
Le rapport à ce problème est ce qui permet, très vite, de distinguer l'intervenant intègre du charlatan. Invariablement, les guérisseurs s'approprient la souffrance et déclarent alors, d'autorité : Votre vrai problème, c'est... (votre signe astrologique, l'orientation de votre lit, un ancêtre Maya ?)
Non. Le seul et véritable problème de Martine, ce sont ses crises de larmes qui surviennent au beau milieu d'une réunion d'affaires. Celui de Paul est qu'il doit parfois s'arrêter de toute urgence quand, sur la route, une panique soudaine l'envahit.
Oui. Leur seul et véritable mieux-être sera une journée sans larmes et un trajet en voiture serein.
R - Comme redondances
Lentement mais sûrement, la routine s'installe dans les relations humaines. Les échanges deviennent moins surprenants. Les issues deviennent plus prévisibles. Souvent, ce phénomène est rassurant. Quantité de petits rituels rythment la vie d'un couple ou d'une famille dans une tendre complicité. Le visiteur s'en étonne et idéalise ces gens qui se comprennent à demi-mot ! Mais parfois...
Parfois, les "redondances" deviennent lassantes. Elles peuvent mener à une impasse. Devant une nouvelle situation, leur répertoire se révèle soudain trop limité, trop stéréotypé.
Il arrive même qu'une personne baisse les bras et n'attende plus rien (de bon) des autres qui, de toute manière, ne changeront plus. En oubliant alors que sa manière de communiquer est sans doute, elle aussi, devenue un peu redondante ?
S - Comme système
Un "système" est le tissu relationnel à l'intérieur duquel se présente la souffrance psychique ou la situation de crise.
Les premiers systémiciens ont spéculé (trop, à mon sens) sur le pouvoir pathogène d'une famille dysfonctionnelle.
Depuis, une approche beaucoup plus respectueuse considère le système comme une ressource précieuse.
Proches, parents, amis ou collègues peuvent jouer un rôle parfois significatif quand ils sont associés à la solution d'un problème.
Une personne plus consciente des compétences qu'elle met en oeuvre dans une sphère particulière peut souvent s'en saisir pour agir avec plus de bonheur dans d'autres cadres.
T - Comme tâche thérapeutique
Les tâches thérapeutiques sont des actions orientées vers le changement que la personne qui consulte accomplit dans son environnement familier.
Parfois paradoxales, le plus souvent très concrètes, ces tâches mettent en oeuvre d'autres stratégies que les solutions habituelles.
Quand ce travail révèle, dans la vie quotidienne, des compétences ou des ressources que la personne croyait absentes, il n'est pas rare qu'elle retrouve l'estime de soi d'une manière aussi soudaine qu'elle l'avait perdue.
Z - Comme faut-il zapper le recadrage ?
Recadrer, c'est présenter une situation sous un autre jour. L'idée est au coeur de la thérapie bréve mais...
La dernière chose qu'une personne qui souffre veut entendre, c'est une invitation de plus à "voir le bon côté" ! Même implicite, même prudent, un tel recadrage est à zapper. Seuls deux recadrages sont réellement fonctionnels :
Le premier, explicite, conserve le décor, son éclairage et le sentiment qu'il inspire. Il fait simplement, d'une manière fortuite, apparaître une issue qui n'existait pas avant...
Le deuxième, implicite, est induit par les tâches thérapeutiques. Il fait qu'une personne dit soudain avec un grand sourire : Vous savez, je ne vois plus du tout les choses comme au début de ma thérapie...